L'antre d'Ali Baba au pays des sauvages
L'antre d'Ali Baba au pays des sauvages
Un blog naissant, des articles inintéressants, des sujets dispersés, deux auteurs paumés, des lecteurs inexistants, des récits assomants, des aventures affabulées, des personnages variés...
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Une colère sourde, aveugle tempêtait dans ses veines. Il avait laissé le contrôle à son corps qui le guidait mécaniquement à son logis. Dans sa tête, les éléments faisaient rage, oscillant entre éclairs et averses, le tout ballotté par un vent puissant, provenant du tréfonds de son âme, pouvant créer des vagues de plusieurs mètres de haut, se fracassant sans relâche contre les parois de son esprit… inutilement. Dehors, le calme plat, un masque de certitude, taillé année après année à coup de douleurs avec des convictions. Un masque créé de toute pièce qui lui permettait de se noyer en toute tranquillité dans les remous de son esprit sans donner l’alerte. Comme une évidence son baladeur jaillit de sa main, résultat primitif d’une équation insoluble. Une musique dure, une musique de colère, une musique dénuée de toute douceur, un chant de guerre, c’est cela qu’il lui fallait. Undertaker s’imposa vite comme la référence du genre, la question de savoir pourquoi il l’avait ajouté à sa liste de titres venait de trouver réponse. Le volume augmenta, dicté par la main tremblante d’un chef d’orchestre en transe. Bientôt les flots de musique firent une brèche jusqu’au cerveau, sortie de secours inespérée devant l’inondation. Une partie de l’orage parvint à s’envoler dans la nuit froide, s’élevant par bouffées, telle des méduses en quêtes des lumières astrales transperçant parfois la surface de la mer. Mais les victimes de la boite crânienne continuaient de s’amonceler, le plus souvent par étouffement provoquant l’arrêt cardiaque. Pas la peine de compter sur le chef d’orchestre, sa baguette se levait et s’abaissait spasmodiquement sur un rythme de tonnerre, tonnerre qui ne voyait en ce mince bout de bois qu’un réceptacle à ses éclairs. Son corps lui signala une descente, ses pieds l’amortirent lentement, il n’était plus très loin de chez lui. L’espérance en la chaleur réconfortante du foyer, des siens qui l’attendaient, lui permirent de franchir les derniers mètres. Avant de tourner à l’embranchement, en l’espace d’un souffle, à peine, il entrevit à travers les brumes de sa vision, si fugacement mais pourtant si nettement : deux doigts, levés vers le ciel en signe de victoire… Cœur de bois, bras de fer, si je flanche, tu vas… Peu importe, cette guerre, quoi qu’il en pense, c’est lui qui l’avait perdu, batailles après batailles. Alors… déposer les armes, retrouver sa vie d’avant, avant tout ça… c’était tentant mais désormais il était allé trop loin pour battre en retraite… pas par ce chemin-là en tous cas. Ses doigts rendus gourds par le manque de sang fouillèrent frénétiquement les poches de son long manteau noir. La clef transperça le cœur de la serrure, l’éventrant par une rotation de la lame qui donna suite à un long grincement lugubre. La porte refermée, le silence s‘installa, un silence lourd, pesant, et avec lui sa sinistre sœur l’obscurité. Et Undertaker, ce lâche qui venait de le quitter une fois face à l’armée gigantesque de ses peurs. Plus personne, plus de musique pour doper son courage… A nouveau seul, croulant sous le nombre d’assaillants. Un réflexe le sauva néanmoins, le bouton de l’interrupteur s’enfonça dans un déclic, allié précieux surtout de par sa puissante compère la lumière. Celle-ci dispersa en un instant les ténèbres environnantes, desserrant l’étau qui se refermait menaçant sur lui auparavant. La montagne de marches lui faisant face, il entreprit, lentement de l’escalader, se forçant à ne pas lever les yeux vers un sommet qui lui paraissait, surtout ce soir, inatteignable. Une marche, puis une autre, se concentrer sur ce geste simple, ne penser qu’à cela, ne penser à rien d’autre, progresser, lentement, tenir… Le baladeur toussota à ses oreilles, les premières paroles de la musique suivante le stoppèrent net dans son élan. Encore une qu’il n’avait écouté que très rarement, à côté d’Undertaker, elle se trouvait le plus souvent écrasé par l’ombre repoussante du géant. Son esprit semblait boire les paroles, littéralement ingurgités à leur arrivée sur le canal auditif. Étrangement il avait l’impression de les découvrir l’une après l’autre, non, elle ne lui avait pas laissé le temps… Oui, cela paraissait peu vraisemblable mais il se sentait encore plus seul sur terre, sans savoir quoi faire… C’était juste hier… Tirer un trait sur ces pages blanches… Le noir fit écho à ses pensées en lui tombant dessus dans un sursaut, un guet-apens bien orchestré par ce traître de minuteur du rez-de-chaussée. Il oscilla lentement sur la marche, fermant les yeux, rentrant à l’intérieur de lui-même, en compagnie de cette musique dont il se nourrissait et qui apaisait ses brûlures. Les titres s’enchaînèrent, le ramenant à lui-même, le raccrochant à sa source, à son essence. Il rouvrit les yeux, fixant sans sourciller l’obscurité, la tempête apaisée il fouilla la poche de son manteau de sa main droite, il la retira vivement, comme sous l’effet d’une morsure, son portable, encore un objet empoisonné par toute cette histoire, il recelait trop de souvenirs, trop d’espoirs… C’est dans la poche de son pantalon qu’il le retrouva, un élastique à cheveux, noir, avec quatre petites perles de la même couleur, quatre sur huit... Mais où étaient passés les quatre manquantes ? Pouvait-il ramener son équation insoluble à celle-ci plus simple ? C’est tout ce qui lui restait d’elle, ça, une photos, et des souvenirs, des souvenirs gravés à même sa mémoire ou bien sur des quantités de feuilles tachées du sang de trop nombreux sms éradiqués. Mais la théorie et la réalité font toujours deux, de cette équation il en était sur… Il avait pris un masque pour la réalité et la réalité pour un masque… Ou bien était-ce l’inverse ?… Tout tendait à prouver le contraire… Il s’était dévoilé à elle, du moins en petite partie, mais c’était déjà plus que raisonnable… Elle avait profité de cette brèche pour chambouler sa vie… Il avait mis du temps à y remettre de l’ordre… Et maintenant… Il manquait toujours une pièce au puzzle… non, bien plus : quatre petites perles noires exactement : la moitié du puzzle. Les quatre restantes brillaient dans l’obscurité, d’un éclat interne, lui permettant de deviner l’élastique qui les reliaient entre elles… C’était donc un cadeau d’adieu et non de… Son doigt se referma sur le souvenir d’un autre doigt, de quoi se plaignait-il ? Il l’avait eu son duel au soleil, sa dernière danse, inaliénable... Cendrillon resterai Cendrillon et quoi qu’on en dise ce n’était pas la faute de Dieu. Son visage se détendit, effaçant les dernières traces du masque, s’en recréant un plus expressif… moins antipathique. L’élastique revint à sa poche, quand elle désirerait le reprendre elle l’y trouverai. Il savait qu’il devait maintenant certainement lui faire peur avec tout ce qu‘il lui avait dit. Il avait fait l’erreur parmi d’autre de négliger deux ans, deux ans d’écarts qui les séparaient, les entraînant chacun dans l’incompréhension… Mais au final c’était réciproque, elle lui faisait peur également, ce n’était sans doute pas la même peur, et sans doute personne ne pourrait juger laquelle des deux est la pire, sans doute personne n’arriverait à la surmonter, sans doute que… Qu’importe le sens où on le tourne, le problème reste entier. Mieux valait peut-être déclarer forfait, comme elle l’avait fait… Retourner dans sa vie, redevenir un étranger. Le jeu en valait t’il encore la chandelle ? La chandelle serait-elle assez lumineuse pour conjurer le jeu ? Il franchit les dernières marches dans le noir, ouvrit la porte de l’appartement, se laissa engloutir par le halo de lumière, la douce chaleur du foyer… et referma la porte d’un geste sur les ténèbres de l’escalier.
Lundi 1er décembre 2008, fin à 20h19, (et voila comment on commence un mois en beauté…) soit 55 jours, 20 heures et 19 minutes (bientôt 20) après le 8 octobre 2008, jour où tout a commencé, par un froid mercredi ; par un sms fiévreux ; par un regard… le regard… qui a fait basculer ma vie... qui m'a envoyé au dessus des nuages... battre des ailes, se croire l'égal des oiseaux pendant quelques secondes volées à ce monde... pour retomber brutalement plus bas que terre dans une explosion de plumes... contre le mur rugueux de la réalité ;… par un rêve éveillé…
Mais non… les personnages de romans ne se trouvent que dans les romans chers lecteurs... ou dans votre imagination ; c’est la morale de mon histoire… moi je la trouve chouette… pas vous ?… ah bon… tatataaa… sol la si do do si la si la do re sol...